Ali baba... Grosse colère de spectatrice...

Publié le par Annpôl Kassis

... à l'opéra pas comique du tout

Je côtoie la salle Favart et plus généralement le lyrique,-Opéra, Opéra Comique, Opérettes et désormais comédies musicales et Musicals en France et l'étranger- depuis mon enfance....c'est à dire très très longtemps.

J'ai vu pour la première fois Ali Baba, il y a plus de 60 ans...à Alger! En vérité, je ne me souvenais vaguement que d'un air et de quelques portées musicales; ni de la mise en scène, ni des interprètes...mais pour le coup j'étais alors un très très petit rat...sans mémoire!

Mais voilà j'ai assisté à la générale à la salle Favart. Une réelle déception. Une dramaturgie lamentable, un méli-mélo de styles dans les costumes et les décors- cartons pâte de mauvais goût- que même dans les années 50 et dans un petit opéra de province on n'aurait pas osé présenter, même à un public non averti, plein de bonne volonté.

Pour exemple : les hôtesses en uniformes datés, de l'affreux palais d'Ali- bar à hôtesses?sur fond de mer et soleil- , nouveau riche dans son hamac rappelaient- bien malgré elles et à leur corps défendant, mauvais goût de mauvais metteur en scène- ces femmes proies des maisons de débauches de quelque ville des Caraïbes ou de complexes balnéaires protégés au vu du décor et de cette servitude"joyeuse"! Ce pauvre supposé tendre Ali , à un riche client à qui l'on verse à boire, qui demande à son esclave une chanson ? Ali,un proxo enrichi qui se la coule douce! bref cela fait sale dans tous les cas.

Ajoutez à cela.... non pas, quarante voleurs, bande de détrousseurs de grands chemins mais des maffiosi! Oui, oui, ceux qui gèrent tout cela : sexe, argent drogue alcool etc. Tout le monde le sait , tout le monde connait et vive l'image de l'argent-cul, facile et médiocre comme tout le spectacle regrettable. J'oubliais les gendarmes année 50/60 style Louis de Funès, sans sa drôlerie et son panache...( pauvre de Funès! il a du sursauter).

Lamentable car les metteur en scène, dramaturge, scénographe, costumier,décorateur et autres indigents créateurs de ce triste spectacle- qui se voulait peut-être caricatural- n'ont rien compris à ce que peut être une parodie ou une caricature et moins encore à l'objet même d'une opérette 19ème et moins moins moins encore au principe même d'une oeuvre lyrique qui est de faire un peu rêver, émouvoir et surtout et avant tout émerveiller. Ils n'ont pas davantage compris le principe de tout art qui est de détacher les spectateurs de leur quotidien, les distancier, les élever, les amuser.

Or dans quoi se trouve-t-on ? Certainement pas dans les Mille et une nuits, mais bien dans un XXIème siècle de misère émotionnelle, affective, créatrice et lâchons le mot tabou, un brin romantique. Argent, Argent Argent. Or même quand on parle d'argent, de vols, de rapacité et de sottises argentières (excusez le néologisme), on parle d'humain, un peu d'amour même et parfois même de compensations, de douceurs et de joies. Pas du néant humain-robot de l'argent-pouvoir ; cela chacun le vit à chaque instant, partout et dans toutes les sociétés. Autant aller à Bercy ou au Stade de France. Hélas! tout le monde ne peut être les Monty Phyton, bien dérangeants parfois, mais souvent justes et mordants.

Les chanteurs étaient magnifiques certes, mais menés au pas de charge, par un orchestre rugissant et malmenés par un metteur en scène sans grande sensibilité.

Dernier point... à la mode cheap : Mettre de l'anglais dans Ali Baba. Décidément NON, pas sur une scène française... Please ! et pas dans ce contexte...et pour le cas où le recours à une langue étrangère eût paru indispensable, le persan, l'arabe littéraire ou non d'ailleurs, le turc même, combinés à d'autres langues européennes eût pu faire plus d'effets que la médiocrité de ceux qui ont besoin d'une langue véhiculaire de communication banale telle que l'anglais actuellement. Je t'aime ne suffit-il pas? Pourquoi I love you ? Pourquoi pas "Te amo,"Ich lieb dich", "t'amo" ou autres langues européennes qui en surimpression auraient finalement pu convenir? non?

Dernier point gênant musicalement : la lettre "t" est une dentale non point une chuintante ou une sifflante, ce que les jeunes chanteurs tendent à oublier en copiant affreusement le "t" anglais. Regrettable car cela crée un manque d'homogénéité (et d'harmonie) phonique avec le reste de la troupe et cela fait désordre à l'oreille.

L'opéra Comique il y a peu avec Maarouf le Savetier du Caire ou David et Jonas entre autres, avait pourtant su réjouir et combler les spectateurs et il faut espérer que pour cette fin de saison et la prochaine et ultime avant fermeture pour travaux, saura encore et encore plaire.

la fleur évanouie

la fleur évanouie

Publié dans spectacles vus

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armelle 13/05/2014 23:36

Critique intéressante d'Ali Baba (pour quelqu'un qui n'a pas vu le spectacle mais du coup hésite), dommage de n'avoir pas dit qui en était l'auteur. La belle Hélène on sait, mais Ali Baba ?

Annpôl Kassis 14/05/2014 08:21

Ali Baba,c'est de Charles Lecoq- créé en 1897
Merci de m'avoir lue Armelle et de faire confiance en mon appréciation; j'avais un peu honte de ma "sévérité", ( car toute création ou adaptation exige énormément d'efforts de l'équipe et malgré tout soulève tout autant d'espoirs!!!